Liste des notes de lecture des romans et autres ouvrages traduits

Joseph Anton

Salman Rushdie - Plon

Joseph Anton est le nom que dut adopter l'écrivain d'origine indienne Salman Rushdie pour protéger son identité peu après le 14 février 1989, le jour où l'ayatollah Khomeiny prononça une fatwa contre lui pour avoir écrit Les versets sataniques, roman jugé blasphématoire envers le Prophète. Il emprunta les prénoms de deux de ses auteurs préférés : Joseph Conrad et Anton Tchékhov.
Le livre est « une autobiographie » ainsi que l'indique la couverture, c'est-à-dire une vision de la réalité appréhendée par l'auteur ; nous insistons sur ce point car il s'inscrit dans l'ouverture d'esprit de Rushdie et dans son acceptation de la différence ou de la contradiction d'autrui.
Rushdie parle de lui à la troisième personne pour prendre du recul certes, mais surtout parce qu'on lui avait retiré son identité ; il ne pouvait plus être un citoyen ordinaire, mais un fugitif protégé en permanence par un service de sécurité - qu'il loue à de nombreuses reprises -, un personnage de roman vivant à huis-clos, condamné - et damné pour certains - à survivre à la fatwa lancée par un ayatollah iranien mourant qui avait perdu la considération de son peuple après le désastre de la guerre contre l'Irak, sacrifiant un tiers de la jeunesse de son pays.
Bien malgré lui, Salman Rushdie est devenu un symbole de la liberté d'expression et de création contre l'obscurantisme, le fanatisme, la bigoterie et l'intolérance.
Depuis le moyen âge, ce sont toujours les mêmes reproches que font les religieux - barbus ou pas - aux artistes ou aux penseurs, on les accuse invariablement d'hérésie et de blasphème, comme si le temps s'était arrêté pour ceux qui refusent la raison et la libre-pensée.
Joseph Anton est un livre important pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, parce qu'en livrant une analyse et une réécriture ordonnée de ses archives, Salman Rushdie permet au lecteur de revivre, dans un exercice d'introspection et de transparence au cours duquel il n'épargne personne et surtout pas lui, les années pendant lesquelles il a été soustrait du monde ; les années fatwa vues de l'intérieur, de l'autre côté du miroir../..
../..La voix de Salman Rushdie demeure un témoignage capital dont on ne saurait se passer, il révèle les symptômes d'une époque malade dans laquelle les libertés sont plus que jamais en danger, y compris en occident. Frédéric A-A.

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