Notes de lecture des romans francophones

Réparer les vivants

Maylis de Kérangal - Verticales

Encore un roman crû sur le corps et ses entrailles ! Mais à quoi rêvent donc les jeunes femmes  d'aujourd'hui ?
Manifestement au terme d'une longue investigation d'ordre journalistique, Maylis de Kerangal nous livre un reportage, un documentaire chirurgical,

romancé, sur une transplantation cardiaque, sans nous cacher les détails ni de l'accident mortel, ni les opérations techniques effectuées dans les deux hôpitaux.
Le roman est remarquablement écrit : on sent une auteure sûre de son talent et à l'aise avec le style et la langue : une langue classique, mais agrémentée de néologismes ou d'expressions « jeunes » . Le rythme est vif, presque haletant. Tout cela en fait un ensemble propre à plaire aux critiques et lecteurs d'aujourd'hui. .
Sur un sujet aussi dramatique, l'auteure fait montre d'un  esthétisme aigu, même dans la description de la douleur: celle-ci m'est apparue, trop souvent , grandiloquente, ampoulée et artificielle, déplacée. Très bien présenté,  Réparer les vivants m'apparait en fait  plus un livre de sensations que de sentiments. Une œuvre plus fabriquée que ressentie. Plus un péplum hollywoodien qu'une œuvre romantique. Par ses envolées lyriques, il est plus proche de Wagner, quand on attendrait Chopin.

Je pense que, pour réaliser les opérations chirurgicales décrites,  le personnel médical est contraint de réprimer tout excès émotif qui mettrait le projet en péril, contraint de « se blinder ». Aussi, si ce roman peut apparaître (au lecteur sensible) comme froid et manquant de sensibilité, la raison me paraît être la suivante : l'auteure elle-même (qui, manifestement, pour ce qui tient autant du « docu-fiction » que du roman,  a assisté à des opérations et à des moments de douleur intense des familles), doit , comme les chirurgiens, être désensibilisée, d'une façon ou d'une autre, pour parvenir à dire l'indicible, écrire l'inexprimable. Un lecteur sensible pourrait-il retenir ses larmes ? Un écrivain sensible  ne pourrait-il que retenir sa plume ?
C'est la violence quotidienne servie par les médias, les jeux vidéos, etc..qui, virtuelle ou réelle, habitue le public (surtout le jeune public),  le « blinde », c'est-à-dire le dépouille de sa sensibilité, une qualité  qui  paraissait jusqu'alors l'une des plus belles de l'homme, à la base de beaucoup d'autres (souci de l'autre, générosité, gentillesse, sans parler de politesse, etc...). Voilà pourquoi, à mon avis, un tel roman peut aujourd'hui être écrit et lu, qu'il peut « plaire » et se vendre. Faut-il s'en réjouir ? Je n'y arrive pas. Charles D.

C'est une réelle prouesse de faire du don d'organes une oeuvre littéraire majeure et originale, unique portée par une écriture scandée, martelée, déclinée à une vitesse extrême, à bout de souffle qui restitue si parfaitement l'émotion, le chagrin, l'espoir, la course contre la montre des médecins, une écriture moderne, vivante, vibrante. Michèle K.

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