Notes de lecture des romans francophones

La nostalgie heureuse

Amélie Nothomb - Albin Michel

L'auteure belge Amélie Nothomb n'a plus mis les pieds au pays du Soleil Levant depuis décembre 1996.
Contactée par France 5, elle donne son accord pour que la chaîne de télévision filme son retour au Japon, sur les traces de son passé.
La nostalgie heureuse est le récit de ce voyage intérieur au cours duquel elle rencontre sa nounou adorée, sa deuxième mère, Nishio-san (aujourd'hui une vieille femme vivant seule dans une HLM, abandonnée par ses filles), ainsi que son fiancé éconduit, Rinri, qu'elle quitta, en catimini, aussitôt qu'il lui fit sa demande en mariage quand elle avait vingt ans.
Elle va également à Fukushima pour se rendre compte du désastre causé par le tsunami. Après la catastrophe naturelle, Amélie Nothomb publia en 2011 une nouvelle, Les myrtilles, dont les bénéfices furent intégralement reversés à des associations nippones.

Grâce à cette publication, ses romans ont été à nouveau traduits et publiés au Japon. Depuis Stupeurs et tremblements, (il traite de sa violente expérience dans le monde l'entreprise) qui fut mal accepté par une partie de la critique, aucun de ses livres n'avait été commercialisé dans sa seconde patrie.
Elle raconte dans La nostalgie heureuse, sa rencontre avec l'ancienne hôtesse de l'air qui a traduit Métaphysique des tubes, le récit de sa tout petite enfance à Kobe.
Comme souvent dans les livres d'Amélie Nothomb, on retrouve son humour si particulier, son écriture fluide, ses bons mots et ses phrases à la teneur quelque peu catégorique. Généralement, les romans qui s'inspirent de sa vie au Japon sont les plus réussis ; ça n'est malheureusement pas le cas de celui-ci.
Elle avoue volontiers qu'elle s'est construite en tant que femme à travers le manque du Japon, auquel elle fut arrachée une première fois à l'âge de cinq ans, lorsque son père (ambassadeur à Kobe) fut muté en Chine.
La nostalgie heureuse est en quelque sorte le roman du documentaire de France 5 Entre deux eaux ; un récit intérieur, sensitif et sensoriel qui complète le film et permet au lecteur de plonger au plus profond de l'auteure.

Le titre est un oxymore, car en France la nostalgie est forcément triste ; en revanche au Japon, elle est un sentiment positif, on se souvient avec bonheur du passé. C'est cette émotion réjouissante que l'auteure souhaite garder en elle quand elle repense à sa vie japonaise.
Il y a dans ce court récit des passages touchants, émouvants, notamment ses retrouvailles avec Nishio-san ou avec Rinri, mais dans l'ensemble, on ressort du livre avec un sentiment de vacuité. Certes Amélie Nothomb précise qu'en Asie, le vide est un état transcendant, mais tout de même... le récit manque cruellement de consistance.
L'auteur parvient malgré tout à transmettre sa passion remplie d'angoisse pour le pays qui l'a vue naître, cependant la lecture reste décevante. Frédéric A.A.

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