Notes de lecture des romans francophones

Zone

Mathias Enard - Actes Sud  
 
 Dans le train qui le mène de Paris à Rome, pour son  dernier voyage professionnel : une livraison de documents au Vatican, le narrateur, un agent de renseignements français, déverse en une logorrhée obsessionnelle et délirante les ignominies collectives ou individuelles commises par l’humanité. Il a vécu la guerre serbo-croate, traqué les atrocités durant les conflits qui ont enflammé le bassin méditerranéen et l’Europe, entre autres. Son regard morbide sur sa vie, sur le monde, et sur les corps, amplifié par les excès d’alcool et de drogue, s’est systématiquement aiguillé vers ce qui touche à l’abjection dans l’Histoire, la littérature, l’art et le religieux.  Enfoncé dans la dépression, la culpabilité et l’autodestruction, ce triste passeur de la « Zone », des «  Enfers », se détache, halluciné, du monde des humains ordinaires. L’ouvrage contient certes des qualités littéraires qui l’ont porté jusqu’au prix. : une structure intéressante, du souffle, d’ innombrables allusions à des personnages dont les œuvres ou les actes ont marqué l’humanité ; mais par sa détermination et sa complaisance à n’évoquer que les pulsions perverses qui habitent les hommes, l’auteur le fait basculer, d’une œuvre de culture à un vaste catalogue d’anecdotes sordides. De ce fait, on comprend que certains portent le livre aux nues tandis que d’autres s’arrêtent en chemin, submergés par la lassitude ou le dégoût. Dans tous les cas, on ne peut rester indifférent à cette lecture. Christiane B.

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