Notes de lecture des romans francophones

Banquises

Valentine Goby - Albin Michel

 J'ai d'abord été séduit par le style d'écriture : un style rapide, nerveux, syncopé, écorché.
Ce style est largement fait de phrases courtes, ou composées de propositions courtes : sujet, verbe, parfois sans article, sans complément, sans subordonnée. Il fourmille d' énumérations brutes…C'est une écriture à la fois excitante et fatigante ( physiquement, pour le lecteur). Elle m'a paru à la longue lassante. Si elle présente la fraîcheur de la spontanéité, ce manque de recherche, de travail, de correction, qui caractérise un parti-pris de facilité, mène souvent à une écriture négligée, proche du parlé, voire même excessivement crue. C'est une écriture « jeune » ( l'auteure n'a pas 40 ans, bien qu'elle ait déjà beaucoup publié, et peut-être à cause de cela même !).
Le style rapide et syncopé correspond bien à la course effrénée que mène Lisa à la recherche du souvenir de sa sœur ( il convient aussi pour les premières pages à l'aéroport, mais moins systématiquement, par exemple, pour le chapitre 5, qui est un gros plan sur la désolation des parents de la disparue), une course à travers le Groenland , peint en désert blanc, aveugle, muet, hostile et violent. Cette description constitue le meilleur du roman. Elle en occupe la plus grande partie : toute la seconde moitié ( à partir de la page 137 : chap 6 à 10), mais aussi d'autres parties antérieures de l'ouvrage, compte tenu de la construction de celui-ci en va-et-vient.
Ce désert blanc « plein de vide » donne non seulement son titre au roman, mais plus encore son ambiance au sein de laquelle se joue le drame de l'énigme : la quête rageuse de l'être cher perdu. En ce sens, même s'il souffre d'insuffisances de jeunesse aux yeux d'un lecteur exigeant qui apprécie le classicisme des ouvrages plus travaillés, ce roman est, dans son genre, une réussite. Charles D.

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