Notes de lecture par auteurs

L'enquête

Philippe Claudel -  Stock  

 Les lecteurs qui aiment Philippe Claudel, et j’en fais partie, seront déroutés par son dernier roman. Certes l’écriture est toujours aussi fluide et prenante, le talent de « raconteur » est intact. Mais il nous emmène dans une histoire qui devient vite oppressante. L’Enquêteur doit intervenir dans l’Entreprise pour mener des investigations sur une vague de suicides. On part d’une situation malheureusement très réaliste. Et puis on commence à se sentir mal à l’aise. On entre dans un mauvais rêve qui tourne au cauchemar. De quoi se taper la tête contre les murs. Dans ce labyrinthe kafkaien, le « pauvre » Enquêteur se heurte à tout. Aux brimades, aux non réponses, à l’anonymat, aux situations les plus absurdes. Le malaise monte au fil des pages, d’autant plus percutant qu’il reflète la société déshumanisée qui se construit autour de nous comme une prison dont les murs montent un peu plus haut chaque jour. Dans cet univers, où personne ne porte de nom mais où l’individu n’existe que par sa fonction, le cauchemar tourne à l’apocalypse… Lorsque « Le Fondateur » de l’entreprise, vieillard errant dans un terrain vague, hurle «qu'ai-je donc fondé ?!!», on perçoit derrière ce personnage désespéré une vérité plus universelle. Mais la question restera sans réponse, Claudel  laissant à chacun de ses lecteurs le soin de la donner.
Désespérant ? Oui, mais à lire, car c’est écrit avec talent et non sans humour.
Jean-Claude T.

 Je ne suis pas  d'accord. Ce roman de Claudel n'est pas à lire car il ne reflète pas du tout le talent de l'auteur ; pour ceux qui n'ont jamais rien lu de lui, ce serait dommage de commencer par cette"enquête" qui est effectivement kafkaïenne. Il est vrai que c'est bien écrit, mais c'est tout. Je suis très très déçue, car jusqu'à présent j'aimais tout de Philippe Claudel, livres comme film. J'attends donc avec impatience le prochain film (il y travaille en ce moment) et son prochain livre pour me "réconcilier" avec lui... Anne T.

Le rapport de Brodeck

Philippe Claudel -  Stock  
 

 Philippe Claudel nous emmène dans un espace-temps un peu flou : après la guerre (laquelle ?), dans une contrée où l’on parle un patois fortement teinté d’allemand, les esprits traumatisés dont la rusticité est entretenue par l’isolement voient arriver « l’étranger », élément perturbateur qui va générer le drame. Un drame que dont on charge Brodeck de faire un rapport détaillé. Il a l’habitude d’écrire, de faire des notes pour l’administration sur le temps, la faune, la flore… Il est désigné par le village pour rédiger ce rapport qui va le mener dans les profondeurs de la haine et du racisme ordinaires, de la peur de l’autre, des réactions communautaires banales et terrifiantes.
Servi par un style qui nous ramène avec joie à  la grande écriture, ce récit est à la fois beau, glaçant et percutant. Il mérite sa place dans les futurs ouvrages de littérature du 21e siècle ! Jean-Claude T.