Notes de lecture par auteurs

Immensités

Sylvie Germain - Folio

 Sylvie Germain a enseigné la philosophie à Prague, ville dont elle est tombée amoureuse. C’est dire à quel point on la sent vivre de l’intérieur cette histoire de Prokop, professeur de thèque, tombé en disgrâce sous la répression communiste, et qui n’arrivera pas à s’en relever même après la chute du mur. Car entre temps, Prokop, malmené entre son existence vide de balayeur et les déceptions familiales, va se renfermer dans ses pensées. Installé dans ses toilettes qui deviennent le sanctuaire de ses méditations, les immensités du monde et les vertiges de l’existence – ou de l’inexistence – vont l’emmener, entouré de personnages farfelus, dans un voyage introspectif qui le laissera sur bien des interrogations et des vides. Un thème dont l’apparent désespoir contraste totalement avec l’ambiance de ce roman, bâti et ciselé avec une écriture d’une densité rare. Le style de Sylvie Germain est étonnant, particulièrement riche. On est au cœur d’un sujet philosophique traité avec une véritable poésie. Rien que pour la musique des mots, ce livre est un régal. Jean-Claude T.

Magnus

Sylvie Germain - Folio

Grand roman, intense, bouleversant. Magnus, enfant perdu aux origines oubliées, noyées dans le flot de la barbarie de la guerre. Peu à peu, il rassemble quelques morceaux de son histoire, lui reviennent par flash des images terribles d'une journée d'apocalypse qui le ramène à ce jour maudit de l'été 1943, à Hambourg où les puissances alliées décidèrent de lancer l'opération Gomorrhe en anéantissant la ville et ses habitants. Longtemps réfugié dans l'amnésie de l'enfance, puis dans la fuite, l'amour le sauve à deux reprises, avant que la solitude ne l'engloutisse, débarrassé des attaches terrestres. Prix Goncourt des lycéens 2005 : quelle densité, quelle écriture, quel chef d'oeuvre ! Michèle K.

Magnus, c’est le nom d’un ours en peluche, seul témoin des années d’enfance de Franz-Georg dont toute une partie de la vie s’est effacée de sa mémoire à la suite d’une maladie. Ce roman est d’abord une quête d’identité, l’élaboration d’un puzzle compliqué dont les morceaux sont retrouvés un à un dans l’histoire de sa famille qui se confond avec celle de l’Allemagne nazie. C’est l’histoire d’une vie où tous les pans semblent s’effondrer au fur et à mesure que la vérité apparaît. Franz-Georg devient Magnus, comme pour s’écarter de ce personnage dont le sol se dérobe sous les pieds au fur et à mesure qu’il avance. La quête de l’identité, mais aussi de l’amour, de l’espoir, se heurte aux tortures de la vie.
Sylvie Germain, qui est professeur de philosophie, sait explorer l’âme humaine avec des mots qui retiennent le lecteur page après page. Son écriture est remarquable, et la profondeur des thèmes dans lesquels elle nous emmène fait de ce livre une œuvre littéraire de tout premier plan. Jean-Claude T.