Notes de lecture par auteurs

84 Charing Cross Road

Hélène Hanff - J'ai lu

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" est un livre plaisant qui a connu un très grand succès populaire. Il a du reste fait l'objet d'un recensement sur Biblioclub.
Je souhaiterais uniquement ici mettre en lumière la dette qu'il a envers un petit livre qui, je crois, a eu moins de succès, et engager ainsi les membres de Biblioclub à se jeter sur la lecture de ce que je considère comme un rare petit bijou: je veux parler de "84 Charing Cross Road" de Hélène HANFF.
Comme "Le Cercle","Charing Cross" est un ouvrage épistolaire. Je dis un ouvrage et non un roman, car c'est là une première et grande différence: les lettres qui composent "Charing Cross" ont réellement été échangées entre 1949 et 1969, entre Hélène et principalement Franck Doel.
Comme "Charing Cross", "Le Cercle" fait de larges références à "Orgueil et Préjugés", l'ouvrage le plus célèbre de Jane Austen, un grand auteur britannique du début du XIXème, qui s'était d'abord essayée dans le roman épistolaire. On caractérise volontiers l’œuvre de Jane AUSTEN par son humour décalé et son ironie, très britanniques, des traits qu'on retrouve tout autant dans les livres de Mary-Ann SHAFFER et Hélène HANFF, pourtant toutes deux américaines.
Comme "Charing Cross", "Le Cercle" présente une longue correspondance échangée dans l'après-guerre entre deux personnes , ou groupes, qui ne se connaissent pas: d'un côté une jeune écrivaine d'un milieu urbain ( New York pour Hélène, Londres pour Juliet, l'héroïne de M-A SHAFFER, et de l'autre une personne et un groupe de personnes appartenant à un milieu littéraire un peu désuet (chez Hélène HANFF, une librairie spécialisée dans les livres anciens ou introuvables, chez M-A SHAFFER, un modeste cercle littéraire rural de l'île de Guernesey). Les deux livres s'ouvrent sur une demande de l'une des parties à l'autre, de lui procurer un livre rare.
Dans les deux livres, un passage évidement typique consiste pour l'un des correspondants, à s'essayer à décrire physiquement et psychologiquement la correspondante qu'il ne connait pas. Bien d'autres correspondances se trouvent entre les deux ouvrages, et même avec Jane AUSTEN.
Là où les deux ouvrages divergent, c'est hélas, dans leur conclusion. M-A SHAFFER l'imagine en happy end, avec la rencontre et même le mariage entre les correspondants inconnus. Tandis que l'humour et l'ironie roboratifs d'un échange de lettres de vingt années reproduit dans "Charing Cross" font place à une émotion vraie lorsque le lecteur découvre avec Hélène que la mort de Frank les empêchera de se connaître.
Je souhaiterais qu'en lisant le livre de Hélène HANFF après celui de Mary-Ann SHAFFER, le lecteur ressente ce qui, à mon avis, distingue du roman imaginé, l'émotion que seule convoie le témoignage de la vie vécue. Charles D.