Notes de lecture par auteurs

Dernière nuit à Twisted River

John Irving - Le Seuil
(traduction Josée Kamoun)

 Évidemment, John Irving… Il faut être John Irving pour écrire un tel roman qui, bien entendu, décolle du New Hampshire, et y atterrit, du reste, après un demi-siècle de péripéties. Je ne raconte rien du livre car il a été abondamment décrit sur le web et ailleurs – encensé également.
On ne peut nier le souffle qui l’anime, ni l’effarante inventivité dont Irving fait preuve. Je ne cite qu’un exemple. C’est une fête d’étudiants, dans une ferme de l’Iowa (page 301). Alors qu’un méchoui de porc finit de cuire sur un gigantesque brasier, une parachutiste (ils l’appelleront « Tombée du Ciel ») tombe du ciel justement, drapée dans le drapeau américain mais également à poil des pieds à la tête. Une malencontreuse bourrasque de vent l’envoie atterrir dans l’enclos des cochons, purin et tout… On ne peut nier l’aspect « saga » non plus (car il s’agit d’une saga, puisque les choses commencent en 1954, néanmoins quelques incursions en 1936, 1940, 1948… et se terminent en 2005) ni la virtuosité d’Irving pour vous en faire parcourir (ingurgiter ?) les étapes.
En fait d’étapes, après le décollage – magistral – et jusqu’à l’atterrissage – non moins magistral – une foultitude de personnages, de situations, de répétitions (recettes de cuisine entre autres), de digressions, et aussi un peu de Vietnam, de 11 Septembre, de Bush, etc. vont vous donner du fil à retordre et (mais ce n’est que mon humble avis) pourra vous faire trouver le temps un peu long – 560 pages, quand même… Ceci dit, des histoires comme celle-ci, racontées avec une telle maîtrise du temps, de l’originalité et de l’écriture, on n’en rencontre pas à chaque coin de rue. Philippe P.