Notes de lecture par auteurs

La leçon d'allemand

Siegfried Lenz - Robert Laffont    
(traduction  Bernard Kreiss)

 Siggi subit une punition dans une maison de redressement où il est enfermé, sur un île au large de Hambourg : il doit rendre une rédaction sur « les joies du devoir » ! Le jeune homme s’investit alors  avec acharnement dans le récit de ses années d’adolescent et de l’histoire qui l’a conduit entre ces murs. Son père, officier de police à Rugbüll, un village sur la frontière danoise, va devoir signifier en 1943 à son ami le peintre Max Ludwig Nansen une interdiction de peindre, ses œuvres étant jugées subversives par le régime hitlérien. Le devoir appliqué avec aveuglement  conduira le père à un véritable acharnement contre son ancien « ami », même après la chute du régime. Siggi vit tout cela avec une grande gêne, puis une révolte qui le poussera à commettre des méfaits qui l’enverront en maison de redressement. Siegfried Lenz, ancien journaliste allemand, est considéré comme un auteur majeur, et « La leçon d’allemand » (publié en France en 1971) comme son chef-d’œuvre. Il raconte les souvenirs que Siggi puise dans sa jeune mémoire avec un style étonnant, extrêmement narratif. Au rythme d’une vie qui s’égrène lentement dans ce pays du nord, entre des parents aux mœurs rudes, Siggi fait ressurgir des épisodes de vie fleurissants de détails, et de détails des détails… C’est un véritable canevas littéraire aux points très fins, réalisé avec minutie, qui nous plonge dans un univers inhospitalier au rythme lent de la vie quotidienne, à tel point que l’on peut trouver certains moments un peu longs...  Au-delà de la beauté du texte, Lenz propose un plaidoyer fort contre l’aveuglement d’un exécutant borné, et pour le devoir de désobéissance.  Une grande œuvre. Jean-Claude T.