Notes de lecture par auteurs

Je suis l'argile

Chaïm Potok – JC Lattes
(traduction Elie-Robert Nicoud)

Au cœur d’un drame humanitaire, celui de la guerre de Corée dans les années 50, Chaïm Potok nous embarque dans un récit intimiste confrontant trois personnages. Un vieil homme et sa femme fuient leur village vers le sud, pour échapper aux chinois, avec pour tout bien une charrette et un peu de riz ; sur la route, il croisent un enfant, le « garçon », à moitié mort d’une blessure d’obus à la poitrine. La femme veut l’emmener, l’homme refuse. Le garçon va tout de même les suivre dans leur interminable voyage, aimé comme un fils par la femme, rejeté par l’homme qui peut à peu va éprouver des sentiments nuancés à son égard.
    Dans cette sorte d’aventure épique, c’est un véritable hui-clos au milieu d’une atmosphère dantesque, ou à chaque moment il s’agit de lutter contre le froid, la faim, la maladie, tout en se cachant de l’ennemi. On retrouvera un peu cette atmosphère dans l’excellent roman « La Route », avec ici en toile de fond des évènements qui donnent à ce récit une dimension très réaliste. Entre souffrance, espoir, sentiments contradictoires qui se dessinent en filigrane au fil des pages, ce roman est une fine analyse des rapports humains où le pire côtoie le meilleur, avec une note d’optimisme tant on ressent la force de l’humanisme venir à bout des comportements sauvages. C'est aussi une ouverture sur une culture particulière, celle de la spiritualité coréenne, décrite avec justesse par un auteur, aujourd'hui disparu, qui fut rabbin dans l'armée américaine en Corée.  Jean-Claude T.


Je m'appelle Asher Lev

Chaim Potok - Buchet-Chastel
(traduction Fabrice Hélion, Catherine Gary)

 Ce roman (qui n'est pas récent), écrit par un rabbin américain, est l'histoire d’un petit garçon (Asher Lev) qui grandit auprès de ses parents (juifs hassidiques très pratiquants), et qui a un don pour le dessin et la peinture. Son père qui est le bras droit du Rebbe, va le contrer et lui interdire de dessiner, car c’est perdre son temps et contraire à la religion. Asher va refuser de suivre ses parents en Europe, avec le soutien du rebbe. Il atteindra la consécration, fera des expos, mais réalisera un tableau qui l’exclura de son milieu. J’ai beaucoup aimé. C’est très bien écrit, avec les descriptions des ressentis du garçon quand il pense ses dessins ou tableaux et qu’il ne peut s’empêcher de peindre. Le problème de la religion est bien abordé avec l’ouverture d’esprit du rebbe. Un peu long cependant. Anne T.