Notes de lecture par auteurs

La route

 Cormac MacCarthy - l'Olivier - Prix Pulitzer 2007
(traduction François Hirsch)


 J'y allais presque à reculons... Un père et son fils poussent un caddie déglingué sur une route déserte, dans un paysage carbonisé où l'apocalypse a brûlé toute trace de vie... Engageant ! Bon, un bout de chemin avec eux. Et on continue, jusqu'à ne plus les lâcher. Comment subsister dans ce cloaque où ne traînent que des déchets moisis ou calcinés ? Il n'y a plus rien, ni même de sentiments ou de nostalgie, sauf un attachement viscéral entre deux êtres qui devient la colonne vertébrale de ce récit. Nos valeurs basculent, on est heureux de leur découverte d'un fond de bidon d'huile, soulagé de l'étincelle qui jaillit entre deux silex. Dingue ! Quelle remise en cause. "Il faut avancer" dit le père. "D'accord" dit le fils épuisé. Pour aller où ? On ne sait pas trop. Y a-t-il un salut ? "La mer" dit le père. Tu parles ! Et ils avancent, évitant quelques êtres malfaisants qui subsistent en dévorant "les gentils". Allez, on avance, réchauffés par l'amour d'un père et de son fils. Tout ce qui reste après l'apocalypse. On a beau avoir peur d'aller vers le néant, on y va. Jusqu'au bout. Incroyable roman où l'on prend plaisir à vivre le pire parce que la tendresse sauve tout. Jean-Claude T.