Notes de lecture par auteurs

Suite(s) impériale(s)

Bret Easton Ellis – Robert Lafont
(traduction Pierre Guglielmina)

B.E. Ellis, s’adonne à ses thèmes (obsessions ?) favoris dans Suite(s) impériale(s) : sexe, drogue, perversité, décadence, mort. Il a expliqué qu’il voulait donner une suite à Moins que zéro, premier roman publié en 1985 – l’année de ses vingt ans –, en remettant ses personnages en scène – Clay, Blair, Rip, etc. – toujours à Los Angeles mais avec vingt-cinq ans de plus aux compteurs (nb : ils étaient ados dans Moins que zéro).
Entre temps, il y a eu American psycho en 1991 et Lunar Park en 2005 (pour ne citer que ces deux-là). Le premier a fait scandale (passages outranciers, certains à la limite du supportable pour un lecteur averti) tout en étant reconnu comme une grande œuvre littéraire. Le second a détonné, Ellis n’y accablant plus le lecteur à coups de drogue (il y en a un peu, quand même), de viols, de snuff movies, et tutti quanti. Lunar Park a même été élu meilleur roman 2005 (cf. magazine LIRE). Distinction justifiée, à mon avis.
Avec Suite(s) impériale(s), Ellis rentre dans le rang (le sien ? je ne sais pas), le rang, disons, de la branchitude existentialiste et des férus en lignes de coke. Les ex ados hollywoodiens ont évolué, mais certainement pas – qui en aurait douté ? – vers le haut.
Donc : sexe, drogue, perversité, et ad libitum. Avec, en prime, une ou deux scènes qui n’auraient pas détonné dans American psycho.
Mais, et c’est ce qui me gène vraiment, Ellis semblerait avoir voulu donner une teinture « roman noir » à son opus. Dans Lunar Park, il avait introduit une dose de fantastique et, bien entendu, les références à Stephen King n’avaient pas manqué de pleuvoir… Cette fois-ci, on parle de polar, et je cite : « digne des meilleurs polars de James Mc Cain ou de Raymond Chandler » (cf. Inrockuptibles). Bon sang, ces deux-là ont dû se retourner dans leurs tombes… Un conseil : ne dépensez pas les dix-neuf euros (à moins que vous ne l’ayez déjà fait).
À honorer : la traduction remarquable de Pierre Guglielmina. Philippe P.