Notes de lecture par auteurs

Vengeance

Philippe Djian – Gallimard

Marc est sculpteur (de talent, apparemment) et consomme beaucoup également (femmes, alcools et lignes de coke). Par contre, il ne touche jamais à Gloria, une jeune fille rencontrée fortuitement dans le métro, un petit matin (il l’a ramassée dans son vomi), puis hébergée chez lui. Il n’y touchera jamais pour une bonne raison : elle lui apprend qu’elle a été la petite amie de son fils, Alexandre. Or Marc est encore sous le choc du suicide d’Alexandre qui s’est tiré une balle dans la tête, à dix-huit ans (c’est au tout début du roman).
De remarques en remarques, distillées avec une certaine perversité, Gloria va faire admettre à Marc qu’il n’a pas vraiment connu son fils et n’a eu un comportement de père que dans son imagination. On assiste donc aux débats intérieurs d’un père qui n’en a pas été un mais qui ne sombre pas pour autant dans une abstinence monastique, profitant de la moindre occasion pour sauter sur tout ce qui bouge – sauf Gloria – et ingurgiter gaillardement alcools et stupéfiants.
Et l’histoire se complique avec Michel et Anne, un couple avec lequel Marc est très ami au début. Certes, Marc et Anne ont, dans le passé… et Michel montre des signes de faiblesse, aux dires d’Anne… etc. mais c’est Gloria qui va créer la tension, et Michel qui va poser des problèmes à Marc – de sérieux problèmes.
Djian offre des pages captivantes, où le comique n’est pas absent par ailleurs – certaines situations prenant un tour hilarant sous sa plume –, dont l’écriture est irréprochable et où les excès (sacré Marc !) y sont, disons, modérés. On pourra éventuellement lui reprocher une fin un peu tarabiscotée mais pas insurmontable et sur laquelle les ayatollahs peuvent passer l’éponge.
Un très bon Djian, pour résumer (mais ce n’est que mon humble avis). Philippe P.

 On retrouve dans Vengeances, le dernier opus de Philippe Djian, les thèmes obsessionnels qui hantent son oeuvre: le sexe, l'alcool, la drogue, la solitude, les relations adolescents/adultes, le vieillissement, la vie des nantis, le monde décadent des artistes...
Le roman alterne deux voix narratives, une à la troisième personne, l'autre à la première (celle de Marc).
Les portraits des personnages sont plutôt superficiels, ils sont seuls, ils boivent, ils se droguent, ils dépriment, mais Djian en reste là. Leurs relations/confrontations (plus creusées) auraient pu donner une dimension plus substantielle au roman.
A aucun moment on ne parvient à éprouver un peu d'empathie envers eux, pas même envers Marc qui vient de perdre son fils. On a l'impression que depuis quelques romans l'auteur tourne en rond, avec plus ou moins de bonheur...
L'histoire est décevante aussi. L'aspect psychologique de l'argument narratif est faiblard.
L'écriture est certes épurée mais le fond aussi; le roman perd ainsi tout intérêt. Néanmoins les quinze dernières pages ont un vrai intérêt littéraire (l'épisode dans la forêt entre Marc et le daim de caractère onirique).
Vengeances raconte l'histoire d'une descente aux Enfers plutôt loupée... Un Djian en toute petite forme. Frédéric A.A.



Incidences

Philippe Djian – Gallimard

 Dans Incidences, Philippe Djian raconte avec une fausse désinvolture la tentative de rédemption, ou de fuite en avant, je ne sais pas, de Marc avec Myriam. Marc est un écrivain devenu enseignant qui raffole de sexe sans lendemain avec ses étudiantes. Myriam est une femme mûre, par ailleurs belle-mère de Barbara, une étudiante.
Le détail qui change tout est que Barbara est morte (au début du roman, avant la rencontre de Marc et Myriam) dans le lit de Marc, tout à fait inexplicablement, et que Marc s’en est débarrassé dans une caverne. Bien évidemment, personne ne s’en doute. Barbara est simplement portée disparue...
Philippe Djian pratique son talent bien connu de décontenancer le lecteur par ce qui peut ressembler à du laisser-aller, ou du sans intérêt, voire de l’invraisemblance, tout en lui donnant furieusement envie de lire la page suivante et la page suivante, etc. Ce qui fait qu’on atteint facilement la fin de l’histoire (on peut la lire d’une seule traite) et bien sûr on réalise que tout se tient.
Il est également possible d’interpréter (osons ! Marc : serial killer ou bien ?). On peut détester (j’en connais) ou aimer (j’en suis). En tout cas, c’est du Djian, pas du Musso. Philippe P.