Notes de lecture par auteurs

C'est une chose étrange à la fin que le monde

Jean d'Ormesson – Robert Laffont

 Un matin de juillet, l'idée vient à Jean d'Ormesson de s'interroger sur sa vie et la vie en général, en essayant de comprendre d'où nous venons, ce que nous faisons sur Terre et quel sens donner à notre existence.
C'est en empruntant le titre de son livre à un vers d'Aragon, « c'est une chose étrange à la fin que le monde », que Jean d'Ormesson nous livre ses réflexions ou confessions les plus intimes. Pourquoi intimes, tout simplement parce qu'à travers sa connaissance du monde et de la vie, et ses expériences intellectuelles, il nous propose, humblement mais toujours gaiement, de regarder le monde, à partir des données scientifiques, culturelles et spirituelles qu'il a acquis au cours de son existence, en l'analysant depuis le Bigbang, ou du moment zéro (appelé aussi le mur de Planck) jusqu'à aujourd'hui et à la fin des temps. C'est l'occasion pour notre académicien de faire un résumé vulgarisateur (sans connotation péjorative) de l'histoire des sciences et de la connaissance, des grecs à Hawkins ou Trin Xuan Thuan.
L'astuce et l'intérêt de ce livre est de réunir la somme des connaissances de Socrate et d'Einstein, d'Aragon et de Newton, d'Homère et de Copernic, c'est-à-dire d'appréhender l'univers, de son origine à sa destinée à partir des Arts, des Sciences, de la Philosophie et de l'Histoire, en un mot de l'humain. La conclusion reste cependant irrémédiablement la même et c'est Socrate qui nous la donna, cinq siècles avant notre ère : « Je sais que je ne sais rien ».
Cet ouvrage est curieusement classé dans la catégorie « roman », mais son auteur s'en explique : « L'univers tout entier, avec tout ce qu'il contient, est un roman fabuleux ». Il confesse donc qu'il n'aurait pu l'appeler autrement. Passons sur cette coquetterie. Il aurait cependant pu le nommer à la façon de Neruda, J'avoue que j'ai vécu ou encore, Dictionnaire amoureux de la vie et de la connaissance, tant l'auteur voue un culte à l'intelligence (et fatalement à l'ignorance) humaine.../...
Ce « roman » composé de trois parties reste d'inégale facture. La première, intitulée « que la lumière soit », est la plus intéressante et peut-être la plus poétique, la plus littéraire ; l'auteur y alterne des chapitres qui sont les réflexions de Dieu (« le rêve du vieux ») et les siennes à partir de la connaissance humaine (« au fil du labyrinthe »). Les deux autres parties jouissent d'un intérêt moindre et agacent par moment à cause de l'émerveillement béat et constant du « ravi de la crèche »; ainsi se présente Jean d'Ormesson.
En somme, ce qui reste de cet ouvrage une fois la lecture achevée, c'est l'optimisme inébranlable de l'auteur. On y apprend comme toujours avec Jean d'Ormesson beaucoup de choses tant son érudition est grande, mais sans jamais être exhibitionniste. Ce « roman » est plaisant à lire certes, mais c'est tout et c'est peut-être déjà pas si mal. Frédéric  A-A.

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