Notes de lecture par auteurs

Pain amer


Marie-Odile Ascher – Anne Carrière

 La narratrice de Pain amer s’appelle Marina Sandansky. Elle est née à Belfort en 1928. Elle eût pu voir le jour en Russie si les Sandansky ne s’étaient pas résignés à l’exil comme tant d’autres Russes blancs menacés par le rouleau compresseur bolchevique, en 1920.
En 1938, les Sandansky s’installent à Vence, près de Nice. Marina a alors 10 ans. Elle va connaître une adolescence somme toute heureuse. Après avoir décroché le bac au Lycée Masséna de Nice, elle est fermement décidée à s’unir à Marc, un garçon de Vence dont elle est follement amoureuse. Ils ne pensent plus qu’à vivre sous un même toit, un toit d’étudiants pour commencer, et puis de bâtir leur futur sur le seul sol que Marina connaisse, la France.
    Mais c’est à ce moment que tout va basculer. En Juin 1946, les émigrés russes reçoivent un vibrant appel du Kremlin. Une sorte de pardon leur est offert – la patrie a tant besoin d’eux – et une nouvelle existence à l’abri de tout souci et dans l’épanouissement du travail leur est promise. Les parents Sandansky n’y résistent pas. La détresse de Marina, forcée de les suivre, est totale quand la famille se met en route pour un long périple à destination d’Odessa.
Et c’est là que le roman commence vraiment, avec un voyage hallucinant, entrecoupé de séjours dans des camps, et, finalement, après un mois, l’arrivée non pas à Odessa mais à Kouïbychev – le Kremlin en a décidé ainsi. Peu après, ce sera Kislogorsk, dans le Caucase, et puis Simferopol, en Crimée.
Kouïbychev, Kislogorsk, Simferopol : les plus belles pages de Pain amer. Je n’en dis pas plus. Je ne dis rien de ce que les Sandansky vont endurer, ni de la correspondance que Marina va parvenir à maintenir avec Marc, jusqu'au jour où… Bref, je ne dis rien de plus sinon que cette première œuvre de Marie-Odile Ascher est captivante, tant par sa dimension historique que par la vérité des situations, des sentiments et, pour tout dire, des personnages qu’elle met en scène. Au point qu’on pourrait s’imaginer… Mais non, c’est un roman. Philippe P.