Notes de lecture par auteurs

Jayne Mansfield 1967

Simon Liberati – Grasset

 Simon Liberati consacre son livre à un fait-divers qui défraya la chronique à la fin des années soixante : la mort tragique de la pulpeuse actrice nord-américaine Jayne Mansfield, sex-symbol des années cinquante, victime d'un accident de la route.
Le jeudi 29 juin 1967, vers deux et trente minutes du matin, « la Buick Electra 225 bleu métallisé, modèle 60 » de la femme du patron du Gus Steven's Supper Club, prêtée à la moviestar, s'encastre sous un semi-remorque Western Star à dix-huit roues conduit par Richard Rambo.
En 1967, à trente-quatre ans, l'actrice est devenue une has-been depuis plusieurs années. Elle se produit désormais dans des clubs de striptease et alimente la presse à scandale ; avec l'aide de sa fille aînée, elle découpe puis colle minutieusement dans de luxueux albums tous les articles qui lui sont consacrés.
Elle ne se fait plus remarquer pour ses prestations cinématographiques, ne tourne plus que des nanars. Jayne Mansfield devient ainsi une icône trash de la sous-culture underground, une freak plusieurs décennies avant l'avènement des Pamela Anderson, Linsay Lohan et consœurs. Elle inspirera, entre autres artistes, la muse de John Waters, l'excentrique Divine, preuve de son impact dans la culture alternative.
D'après Liberati, plusieurs événements vont accélérer la chute de la blonde peroxydée aux perruques improbables, accro aux pilules de toute sorte - du LSD aux anxiolytiques, en passant par les coupe-faims -, alcoolique et affichant une plastique qui ne rappelait plus son heure de gloire.
« Deux-cent cinquante six jours avant de rendre l'âme », Jayne se fait renvoyer du San Francisco International Film Festival où elle se présente sans invitation, ivre, la perruque tombante avec son amant Sam Brody, qui mourra avec elle quelques mois plus tard.
Toujours en quête de reconnaissance et de scandale, elle se lie à Anton Szandor LaVey, fondateur de l'église de Satan en 1966. Ce dernier, d'après des proches et ses biographes lance une malédiction sur Brody qui sera victime de plusieurs accidents jusqu'au définitif en juin 1967 ; de quoi alimenter un peu plus la légende et les récits farfelus concernant la mort de la star.
A travers une enquête minutieuse, l'auteur revisite les derniers mois de Jayne Mansfield. Il fouille dans le passé de la blonde hollywoodienne, prenant en compte tous les éléments pour redonner vie à un fait-divers tellement commenté et extrapolé que l'on a du mal à dissocier le mythe de réalité.
Le premier chapitre exposant les causes de l'accident, plantant le décor, est remarquable, tout comme la fin du livre où l'on retrouve Jayne Mansfield à l'arrière du restaurant-Club où elle se produit, quelques heures avant sa mort, contemplant la lune et récitant du Shakespeare au milieu des poubelles et des odeurs de fruits de mer.
Dans l'ensemble, le travail de Liberati - couronné par le Prix Femina 2011 - est captivant, mais l'intérêt que l'on porte à son Jayne Mansfield 1967 reste inégal. On note cependant un réelle maîtrise de la langue et de la technique narrative. Un exercice que l'on peut associer, dans une certaine mesure, à celui du « roman-réalité » de Truman Capote, De sang froid. C'est le fait-divers et l'enquête qui alimentent le processus d'écriture, de la façon la plus technique et clinique possible. Un exercice de style somme toute remarquable. Frédéric A.A.

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