Notes de lecture par auteurs

L'amour est une île

Claudie Gallay – Actes Sud

 Claudie Gallay nous embarque dans un univers très particulier qui ravira les amateurs de  théâtre : le « of » d’Avignon ; nous sommes en 2003, la canicule sévit et les intermittents du spectacle sont en grève. Dans cet environnement parfaitement restitué, deux histoires se télescopent ; celle de Odon, metteur en scène et de Mathilde, qui se sont aimés passionnément et se sont quittés pour que Mathilde (devenue La Jogar) vive sa carrière d’actrice («l’amour est une île ; quand on en part, on ne revient pas ») ; et surtout celle de Marie, en totale souffrance depuis que son frère est mort, juste après avoir envoyé un manuscrit à Odon qui prendra finalement le risque de mettre en scène cet auteur inconnu et disparu. Pour Marie, reprendre ce manuscrit en éclipsant la mémoire de son frère, avec qui elle entretenait une relation fusionnelle, est une seconde mort. Que s’est-il passé entre l’envoi du manuscrit et la décision d’Odon ? Véritable écorchée vive, elle va plonger dans la fournaise d’Avignon et harceler jusqu’à l’extrême Odon et La Jogar qu’elle considère comme coupables d’avoir provoqué la mort de son frère.
Un roman à la fois prenant et étouffant, dont les courts chapitres  sont faits de phrases lapidaires. Les sentiments sont à vif et les impasses de la vie omniprésentes. Parfois des longueurs, des « langueurs », auxquelles nous a habitués Claudie Gallay. Mais malgré cette impression de lenteur et d’étouffement, ce roman est envoûtant, ne serait-ce que par cette immersion totale dans ce monde spectacle, peuplé de personnages riches, outranciers et souvent désespérés. Jean-Claude T.

Les Déferlantes

Claudie Gallay – Editions du Rouergue  
 

 On découvre une femme, à La Hague, entrain d’observer les oiseaux pour le Conservatoire.  On apprendra qu’elle a perdu l’homme qu’elle aimait du Sida. Elle va alors rencontrer plusieurs personnages, dont un homme qui a passé ses vacances dans ce lieu et qui a lui-même perdu ses parents lors d’une sortie en voilier il y a 30 ans. Il soupçonne un gardien d’avoir éteint le phare la nuit où sont sortis ses parents avec son petit frère, et essaye d’enquêter malgré l’opposition des habitants du petit bout du monde où nous emmène le livre. On s’attache aux personnages qui ne parlent pas beaucoup et on pressent l’histoire d’amour qui va se révéler entre la narratrice et ce “Lambert”, ancien policier. On découvre des secrets de famille, dans ce milieu où règne le silence ; la narratrice enquête elle-même sur cet accident, car elle devine des zones d’ombre. Cel a aboutira à un dénouement inattendu…  Roman plein d’émotion, un peu long à démarrer car il ne se passe pas grand chose au départ, et les personnages sont campés avec beaucoup de lenteur comme sait le faire Claudie Gallay. Un roman de plus de 500 pages, mais  qui se lit facilement grâce à une écriture rythmée : phrases courtes, chapitres courts. De plus, l’auteur nous tient en haleine avec des informations habilement distillées :  on a envie de vérifier si ce que l’on pressent va se révéler exact. Anne T.