Notes de lecture par auteurs

Syngué Sabour

Atiq Rahimi - P.O.L (Prix goncourt 2008)

 Quelque part en  Afghanistan, dans le quartier d’une ville dévastée par la guerre, au cœur d’une maison, gît dans le coma, depuis trois semaines déjà, un jeune combattant blessé d’une balle logée dans sa nuque. Son épouse, mère de deux petites filles le veille, seule. Au fil des jours, s’adressant à ce corps inerte, à cette « pierre de silence » qu’elle maintient en vie grâce à des perfusions d’eau salée, qu’elle délaisse, de temps à autre pour s’occuper de ses enfants, mais que jamais elle n’abandonne, quitte à risquer le pire, passant de la prière et de la soumission à la colère et  la révolte, la jeune femme se libère des souffrances physiques et morales endurées depuis son mariage et livre son secret.
L’écriture, dépouillée oscille entre poésie, réalisme et trivialité. La composition du récit s’apparente à une tragédie. Unité de lieu : huis clos de la chambre, unité d’action : soliloque de l’épouse durant l’interminable agonie du moribond, que  rompent ses entrées et sorties, enfin, montée en violence des sentiments jusque-là indicibles et étouffés. La population a  déserté les lieux du combat, les pressions religieuse et sociale s’estompent et  la peur de la toute puissance masculine disparaît devant la misère de ce corps  cadavérique. Alors, jaillit  la vérité : l’ignominie cachée des comportements pervers masculins et la lutte de la femme, contrainte de recourir à des ruses avilissantes pour survivre. On regrette le dénouement  irréaliste, voire absurde de ce récit paroxystique de violence haineuse. Accordons- lui  la portée symbolique d’un  conte s’élevant jusqu’au mythe, interprétation rendue possible par l’absence de dénomination des lieux et des personnes.
Une œuvre polémique qui s’exalte à dénoncer  la condition tragique de la femme en Afghanistan. Malgré son oscillation parfois maladroite entre différents genres, elle touche le lecteur au cœur son humanité. Reste à plonger dans un univers effroyable de cruauté. Christiane B.

Une femme en Afghanistan veille son mari qui est dans une sorte de coma après avoir pris une balle dans la nuque. Elle lui parle et finit par lui faire de plus en plus de confidences et à lui raconter sa vie. Pourtant dans la vraie vie ils ne se parlent guère, elle subit son inflence et son autorité. Elle se délivre au jour le jour de tous ses secrets, et en est soulagée jusqu’au moment où le mari se réveille... C’est très beau, très concis et rapide à lire. Mais c’est aussi très violent. Un récit édifiant sur la condition de la femme dans certains pays. Anne T.