Notes de lecture par auteurs

Des gens très bien

Alexandre Jardin Grasset

 Après avoir lu la critique de Biblioclub et écouté Alexandre Jardin sur le lien, j'ai d'abord acheté et lu Le Nain jaune de Pascal Jardin, puis lu Des gens très bien.
Je pense que mettre les deux livres en parallèle est une aide pour comprendre la démarche d'Alexandre. Ce n'est pas une partie de plaisir, effectivement, et on mesure quelles difficultés ont pu surgir dans cette quête de vérité. On ne peut qu'être admiratif devant tant de ténacité, surtout pour mettre au clair un pan peu glorieux de son histoire. Christine De B.

 De la difficulté de la filiation! Le grand-père d'Alexandre Jardin était directeur de cabinet de Pierre Laval au moment de la rafle de Juillet 1942 et pendant des années Alexandre Jardin a vécu avec en lui ce sentiment de honte qu'il arrive enfin à traduire dans ce livre. A lire et à méditer en ces temps de montée des extrémismes. Alain B.

 Le livre d'Alexandre Jardin est le résultat d'une véritable thérapie, l'aboutissement d'un travail difficile, mené de front depuis de nombreuses années avec la publication de romans beaucoup plus légers. J'y vois deux aspects particulièrement intéressants. L'un concerne le poids de certains actes et de leurs conséquences sur la culture familiale, sur l'affectif des proches, enfants et petits enfants. Alors que son père (Pascal) en écrivant Le Nain jaune, a tout fait pour enjoliver la vérité sur les agissements de son père pour protéger sa famille (et sans doute aussi lui-même), Alexandre crie la vérité crue et sordide, et exprime sa révolte sans aucune complaisance ; l'autre aspect fort est dans l'analyse de ce comportement de personnage bien sous tous rapports, catholique, humain, convivial, gentil... bref tout le contraire d'un illuminé ou d'un endoctriné, mais qui finit par commettre des actes "ordinaires", normaux dans sa propre logique qui fait bouger les lignes entre le bien et le mal. Le cas de Jean Jardin est exemplaire et sans doute extrême, mais il illustre tout à fait les dérives de ce qu'on appelle le racisme ordinaire, si présent aujourd'hui (où l'on parle des français d'origine musulmane, comme on parlait du temps de Vichy des français d'origine juive), et qui conduit à installer dans les esprits la haine enrobée d'auto-absolution.Sur le fond, ce livre est un véritable cri de révolte, avec ce qu'il comporte de fort, voire peut-être d'excessif (ce que souvent on lui a reproché), mais aussi de répétitif. Au fil des pages, ce sont les mêmes mots, les mêmes idées, les mêmes rancoeurs qui reviennent de façon totalement obsessionnelle. Un ouvrage plus à prendre comme un examen de conscience utile, que comme un plaisir littéraire. Jean-Claude T.