Notes de lecture par auteurs

L'élimination

Rithy Panh et Christophe Bataille - Grasset

Rithy Panh ne cherche pas la vérité, mais la parole, celle de Duch, le bourreau des camps M13, puis S21, cet ancien prof de mathématiques, cultivé, respecté, citant Balzac et Vigny, comme d'autres de ses amis également dirigeants ou responsables du pouvoir des Khmers rouges. Inlassablement, il le questionne en s'appuyant sur des photos ou archives. Pour exorciser ses cauchemars qui le poursuivent depuis ces 4 terribles années de génocide qui a fait disparaître une partie de sa famille et le tiers des habitants du Cambodge, au nom d'une idéologie, il fallait gommer la culture, l'éducation, éliminer les médecins, devenir des objets de la révolution, de l'Angkar. Même dans les camps, les gardiens n'avaient droit ni aux loisirs, ni aux amis, ni au courrier,ni aux livres, ni aux femmes, ne restaient que le travail quotidien jusqu'à l'épuisement, la violence et la mort. Les Khmers rouges ont prospéré dans le lit de l'injustice faite aux peuples des campagnes sous le protectorat français, puis sous le gouvernement cambodgien après l'indépendance.Rithy Panh refuse l'idée qu'un bourreau en puissance se niche en chacun de nous, que le génocide soit culturel et lié à une doctrine du bouddhisme comme certains l'affirment, peut-être pour se décharger d'une responsabilité qui incombe à de multiples acteurs et gouvernements : américain, français, cambodgien, chinois, à l'idéologie marxiste... il regrette que ce génocide ait été longtemps nié par certains intellectuels étrangers.
Il ne réussira pas à ramener Duch vers son humanité, mais reste convaincu que l'homme n'est pas foncièrement mauvais et termine son témoignage par une note d'espoir et d'optimisme.
Michèle K.