Notes de lecture par auteurs

Les chaussures italiennes

Henning Mankell - Seuil
(traduction Anna Gibson)

C’est presque un huis clos. Un ancien chirurgien, seul sur une île de la Baltique depuis des années, vit reclus avec un chat, un chien et de temps en temps la visite du facteur. Un univers replié dans un écrin de froid et de neige, où Fredrik Welin n’a plus comme activité qu’un bain quotidien dans l’eau glacée qui semble le faire revivre pour la journée. Fredrik fuit sa propre vie après avoir commis une erreur fatale lors d’une opération. Mais l’arrivée inattendue d’Harriet, son ancienne compagne qu’il avait abandonnée sans explication il y a quarante ans, va le replonger dans son passé. Tout lui revient à la figure, ses lâchetés, ses fuites, sous la forme de personnages à la fois attachants et marginaux qui vont lui faire redéfiler sa vie qu’il accepte enfin de regarder en face.
Un roman très attachant, bien écrit, qui nous entraîne sans résistance dans un monde très particulier, un univers du grand nord où, dans la succession des solstices d’été et d’hiver, tout se passe loin de tout, entre une île, une forêt, une caravane et une bourgade perdue… C’est à la fois beau et sans complaisance. Jean-Claude T.

 

L'oeil du léopard

Henning Mankell - Le Seuil
(traduction Agneta Ségol)

 L'auteur vit entre la Suède et le Mozambique, ce qui l'amène à écrire ce magnifique livre dont l'action se situe alternativement dans ces deux pays.
Les personnages rencontrés par le héros sont très particuliers : en Suède, un ami d'enfance fils de juge, devenu infirme à la suite d'un pari, une femme défigurée qui marque beaucoup les 2 adolescents par sa façon de vivre; en Afrique, une femme blanche qui dirige une entreprise dont le héros va devenir propriétaire et de nombreux personnages qui symbolisent colonisateurs et colonisés. Entre haine des Blancs d'un côté et Blancs racistes de l'autre, toute une société est décrite qui fait progresser l'intrigue et qui montre combien est difficile d'y vivre avec de bons sentiments... Christine de B.

 

L'homme inquiet

Henning Mankell - Seuil
(traduction Anna Gibson)

Le commissaire Wallander mène dans ce roman sa dernière enquête. Hennig Mankel propose sur fond de guerre froide un récit où finalement, l’intrigue n’aura que peu d’importance. Si ce n’est pour ajouter aux désenchantements de son héros, qui n’a pas compris ni soupçonné ce qu’était vraiment la politique de son pays durant toutes ces années. Vieilli, désabusé, Wallander se rattache à sa petite fille, klara, que sa fille Linda a eu avec un compagnon dont les parents disparaissent, et sont au cœur de l’enquête.
    Mankell fait ressortir dans ce roman d’espionnage les mêmes obsessions que dans son excellent roman Les chaussures italiennes : un homme fatigué de la société, reclus dans un endroit isolé, avec son chien, que seule sa fille arrive à bousculer. Réapparaissent les femmes qui furent les amours et les échecs de sa vie, l’une alcoolique, l’autre condamnée par la maladie… Et puis le commissaire Wallander, qui va quitter l'univers de Mankell, réalise que ses absences de mémoires répétées le mènent vers le vide de la maladie d’alzheimer dont il semble atteint.L'obsession de la maladie, du vieillissement, des échecs de la vie, devient au fil des pages le vrai thème de ce roman.
Que d’ingrédients réunis pour faire fuir le lecteur ! Et pourtant, ce livre de plus de 500 pages ne se lâche pas. C’est tout le talent de Mankell, qui dans ce récit à double lecture, maintient l’intérêt par une enquête politico-policière sur fond de sous-marins russes, mais surtout nous embarque dans le quotidien, les doutes et la vie intime de ce policier, personnage obsessionnel qui a parcouru toute l’œuvre de l’écrivain suédois et qui revient encore une fois hanter son univers. Jean-Claude T.