Notes de lecture par auteurs

Le livre des brèves amours éternelles

Andrei MakineLe Seuil

 Andrei Makine nous emmène dans la vie intime de Dmitri Ress, enfant dans une Urss des années 60, qui va voir au cours des années ce régime s’effriter puis s’effondrer. Voilà pour ce qui n’est qu’un décor. Car dans cet environnement de désillusion, il va vivre des moments intenses, tous liés à des émotions qui vont marquer sa vie comme de brefs instants exceptionnels. L’amour, l’amitié, l’élan du cœur vont déclencher des séquences de vie fugitives mais qui vont donner son vrai sens à son existence. Le bonheur n’est pas un « paradis pérenne », mais il est fait d’une succession de petites séquences lumineuses qui peu à peu lui apportent la sagesse.
Bâti (logiquement)comme un recueil de nouvelles, ces histoires sont racontées par Makine, dont on connaît le talent d’écrivain, avec une extrême sensibilité et une analyse de l’âme humaine qui fait parfois penser à l’univers de Zweig. On le sent impliqué personnellement dans ces récits, ce qui leur donne une profondeur naturelle. Quant à son écriture, à la fois sobre et riche , elle fait de ce glaneur de prix littéraires, né en Sibérie, l’un des plus talentueux représentants actuels de la littérature française . Jean-Claude T.

Le testament français

Andrei MakineMercure de France

 L'auteur évoque ses souvenirs liés aux récits de sa grand-mère chez qui il passait tous les étés de son enfance en compagnie de sa soeur, à Saranza, en Russie, en lisière de la steppe. Née en France, elle évoque régulièrement les événements qui ont marqué le début du 20ème siècle et qui se sont mêlés à sa propre histoire et qui ont relié celle de la France à la Russie, dans la sonorité d'une langue, le français, qu'ils pensent être, alors, un patois familial. Revenue en Sibérie à l'âge adulte, elle connaît la famine de 1921, le cannibalisme dans les villages de la Volga, puis la guerre, le fiancé perdu, les samovars : ces jeunes soldats-troncs sans bras, sans jambes. Adolescent, le narrateur veut se débarrasser de ses origines françaises qui le gênent, cette étrangeté que ses camarades de classe rejettent, cette solitude et cette étrangeté qui l'encombrent, la France : cette illusion d'un paradis, un mirage. La Russie est monstrueuse et pourtant, il se sent profondément Russe. Déchiré dans ses sentiments contradictoires, il finit par se réconcilier avec ses deux identités et se réfugier dans les livres, dans la magie des mots et rendre hommage à cette langue qui l'enchante et qui le relie pour toujours à sa grand-mère adorée, conteuse hors pair, détentrice de bien des secrets. Un livre d'une grande beauté, très poignant, nostalgique. Chaque phrase est un bijou. Michèle K.